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6 - LE DONON


Dès le 29 juillet, le bataillon, troupe de couverture, quitte sa garnison de Raon-l'Étape et prend à Celles le dispositif de couverture couvrant contre une attaque brusquée la vallée de la Plaine…

Le 13 août, le bataillon reçoit l'ordre tant attendu de se porter en avant.

Le 14 août, la 25ème Brigade monte à l'assaut du Mont Donon dont le massif, dernier contrefort des Vosges, couvre la vallée de Schirmeck, celle de Saint Quirin et domine toute la plaine de Lorraine. Les allemands, surpris par la violence de l'attaque, débouchant soudain du bois sur la plateforme du Donon, s'enfuient, abandonnant tout leur matériel dont une automobile d'un général en tournée d'inspection. Le bataillon, profitant de son premier avantage, pousse des reconnaissances hardies de tous côtés, parcourant en tous sens les grandes forêts qui descendent du Donon sur les vallées voisines, et les débarrasse des patrouilles allemandes qui se hasardent à proximité.

Le 17 août, une section de la 3e compagnie, en reconnaissance dans la vallée de la Sarre, surprend une reconnaissance de uhlans et la fait entièrement prisonnière ; malheureusement, un chasseur est tué, le premier de la campagne, le caporal BARZAUD, frappé mortellement en entraînant son escouade à l'assaut de la maison forestière où s'étaient réfugiés les uhlans.

Le 20 août, dès le matin, on aperçoit dans la plaine de grands rassemblements de troupes ; leur éloignement ne permet pas de les disperser. Puis c'est le canon qui entre en scène. Toute la journée, l'artillerie de gros calibre fait tomber sur le sommet et sur les pentes ouest du Donon une pluie de projectiles. Le bruit des éclatements, se répercutant aux échos de la montagne, est formidable, mais cette canonnade n'a pas de grands effets matériels, quelques blessés sont les seules pertes occasionnées. 
A la nuit, les masses d'infanterie aperçues dans la journée se mettent en marche et, à la faveur de l'obscurité, arrivent au contact avec les éléments du bataillon. Les allemands veulent profiter de la nuit pour emporter la position, mais les chasseurs sont là et, malgré une charge que rend plus impressionnante le son des clairons allemands, l'ennemi parvient à peine à faire reculer quelques postes avancés. Le lendemain, au lever du jour, un ordre arrive : il faut rejeter l'ennemi des pentes du Donon où il s'est installé la nuit. Les compagnies de réserve du bataillon, renforcées par le 57ème Bataillon de Chasseurs à Pied, se forment en colonnes d'assaut, sous bois, entre la route et le col du Donon, et montent en trois groupes sur le col et sur le Fallenberg. Ils attaquent le sommet et descendent déjà du côté allemand. Mais, durant la nuit, l'ennemi a travaillé : une tranchée continue à contre-pente, défendue par un réseau de fil de fer, arrête l'élan de nos chasseurs qui sont fauchés par la mitraille allemande. Quelques-uns traversent le réseau et arrivent à la tranchée ; pendant quelques instants, on aperçoit encore le fanion de la 5e compagnie au-dessus du parapet de la tranchée. Mais devant le nombre, ils ne peuvent pousser plus loin et succombent devant les renforts qui arrivent sans cesse. Les pertes du bataillon sont énormes : tous les agents de liaison du commandant sont tués ou blessés, l'adjudant du bataillon est tué. L'ordonnance du commandant est blessé de quatre balles. Les chasseurs ne peuvent se maintenir sur la hauteur battue par les mitrailleuses allemandes ; le col du Donon étant tourné vers la vallée de la Sarre, le commandant donne l'ordre de se replier sur la plate-forme du Donon, par le Grand Donon, seul passage resté libre. La section de mitrailleuses se dévoue pour protéger la retraite et, pendant quelle se fait exterminer, le bataillon se replie sans être inquiété. Le lieutenant MADON, commandant les mitrailleurs, blessé grièvement et laissé pour mort, parvient en se traînant à rejoindre les lignes. En raison de la retraite générale de l'Armée, le bataillon se replie lentement par la vallée de la Plaine, en ordre, de position en position, n'attaquant l'ennemi que lorsque celui-ci se montre trop entreprenant. C'est au cours d'une de ces petites opérations offensives que le 24 août, près de Badonvillers, le bataillon montre ce dont il est encore capable, malgré les terribles pertes du Donon. Lancé à travers bois à la poursuite d'un détachement allemand qu'il avait forcé à battre en retraite, le bataillon avança trop et bientôt se trouva entouré d'ennemis de tous côtés. Le commandant groupa autour de lui tous ses chasseurs et, au cours d'une charge à la baïonnette irrésistible (la plus belle que le corps ait jamais exécutée), un passage fut frayé à travers les troupes allemandes étonnées de tant de vaillance.

Le 25 août, à La Neuveville, le bataillon est chargé de la défense des ponts de Châtelles et du chemin de fer. Toutes les attaques allemandes sont repoussées. Mais ce qu'ils n'ont pu faire par une attaque de front ,les Allemands, grâce à leur nombre, l'obtiennent par une attaque après avoir tourné la ligne de la Meurthe en passant la rivière au pont de Thiaville. Le 21ème est obligé à la retraite et ne quitte le terrain qu'après avoir assuré le repli de l'artillerie d'appui, à la suite d'un combat de rues des plus acharnés. 

Le soir du 25 août 1914, le 1er et le 3ème Bataillons de Chasseurs qui continuent à résister toute la journée dans les faubourgs de Raon l’Étape, commencent leur repli vers Sainte-Barbe et Saint-Benoît, contre-attaquant sans cesse à la baïonnette pour se dégager de l’ennemi qui les talonne. Pendant la nuit, les bataillons harassés se reposeront mais le matin à l’aurore, le combat reprend.
SITUATION




Le Petit Donon (961 m d'altitude) se trouve à une distance de 900 mètres à vol d'oiseau au Nord-Est du Donon. Il est au Sud d'une croupe allongée d'une longueur de 1500 mètres orientée approximativement Nord-Sud. 
Au Nord se trouve un autre sommet, la côte de l'Engin (911 m d'altitude). Le Donon et le Petit Donon sont séparés par le col d'Entre les Donons d'une altitude de 822 mètres. Un troisième sommet complète le secteur : le Kohlberg (907 m), il se trouve respectivement à 1550 mètres du sommet du Donon et à 830 mètres de celui du Petit Donon. Un col (sans dénomination) sépare également le Petit Donon du Kohlberg (798 m d'altitude). 

Le Petit Donon, comme le Donon (appelé aussi Grand Donon), et comme les autres sommets du secteur et des Vosges moyennes gréseuses, est une butte résiduelle, reste du démantèlement de la vaste couverture composée d'alluvions fluviatiles d'origine détritique, déposée par les cours d'eau au Trias. 
Comme tous les sommets des Vosges moyennes, la roche est un grès rose. Le dernier étage est souvent occupé par un autre type de grès contenant des galets : un poudingue appelé conglomérat principal. Celui-ci forme souvent des corniches, surplombant les pentes inférieures, couvertes des débris résultant de l'érosion de celles-ci. 
Le Petit Donon n'échappe pas à cette règle. Les pentes du Petit Donon, sont très fortes : le versant Ouest à une pente de 56% tandis que celle du versant atteint jusqu'à 64%. La couverture forestière est essentiellement une hêtraie sapinière, avec dominance du sapin. L'érable est également présent à tous les étages. Sur les corniches sommitales on trouve des alisiers, sorbiers. Ajoutons à cela, malgré une pluviométrie assez forte, une faible rétention d'eau en surface tendant à un climat de landes. 


La frontière franco-allemande sur la route du Donon à Raon sur Plaine (88)
 

JOURNAL DE MARCHE DU 
57ème BATAILLON DE CHASSEURS A PIED

Après avoir cantonné successivement à Girecourt sur Durbion, Brouvelieure, Etival, le bataillon arrive à Raon l'Étape le 12 août et assure la garde des ponts d'Etival et de Raon. C'est alors que le 21ème Corps reçoit l'ordre de s'emparer du mont Donon et de Schirmeck.

Le bataillon arrive à Raon sur Plaine le 15 août.
Les troupes, sous les ordres du général BARBADE, organisent le Donon. 

La pluie tombe sans arrêt jusqu'au 17 août. Malgré un séjour au bivouac très pénible, l'état sanitaire reste très satisfaisant. 

Le 18 août, à 20 heures, ordre est donné au bataillon de se porter sur Schirmeck qui est entre nos mains depuis la veille.

Le lendemain, vers 8 heures, l'infanterie ennemie menace le flanc gauche de notre bataillon qui reçoit l'ordre de reprendre l'offensive. L'attaque ne réussit pas, le 57ème s'étant heurté à un ennemi bien supérieur en nombre. Vers 12 heures, l'adversaire déclenche une forte attaque à 50 m sur le flanc gauche et coupe le bataillon en deux. Dans la soirée, celui-ci est rassemblé au bivouac où il ramène plusieurs blessés. On compte 2 officiers et 66 chasseurs blessés ou disparus.

Le 21 août 1914, le général BARBADE donne l'ordre d'attaquer le Petit Donon. Le terrain d'attaque est à pente raide, couvert de petits sapins serrés dont la traversée est aussi difficile que dangereuse, car les allemands y sont embusqués. La première ligne se heurte à une barrière de fil de fer garnie de défenseurs. On avance péniblement. L'ennemi, trois fois plus nombreux, se bat avec acharnement. Bientôt les pertes sont telles que nos troupes doivent arrêter l'attaque. Cette seconde affaire a coûté au 57ème la perte de 168 gradés et chasseurs.

LE 21ème B.C.P. AU MASSIF DU DONON



Le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied, sous le commandement du commandant RAUCH est désigné pour assumer la défense du massif du Donon comprenant eux éléments : le Grand Donon qui culmine à 1010 mètres et le Petit Donon, plus au Nord avec son sommet à 964 mètres. Cette position est d’une extrême importance. 
Le col du Grand Donon permet aux troupes venant de France, de pénétrer en Alsace-Lorraine dans les deux vallées de la Sarre, d’une part et d’autre, dans la vallée de la Bruche vers le Rhin par la route qui descend du col de Schirmeck (67) malgré des accès aussi depuis Saint-Dié (88) et Saâles (67). 

A l’inverse, si les troupes allemandes occupent le Donon et son col, elles peuvent pénétrer en France par la vallée de la Plaine vers Raon l’Étape (88) sur la Meurthe et par le petit col du Prayé puis de la vallée du Rabodeau vers Etival (88) sur la Meurthe également. 
A mi-chemin de la vallée de la Plaine, le petit col de la Chapelotte permet l’accès vers Badonviller (54) et Lunéville (54) et à mi-chemin de la vallée du Rabodeau, le col du Hantz permet l’accès vers Schirmeck (67) et Saâles (67). Ces quelques données géographiques expliquent pourquoi l’État-major allemand comme français considèrent la position des deux Donon comme stratégique. 

La pièce principal de cet ensemble est le sommet du Petit Donon qui est l’enjeu des batailles des 20 et 21 août 1914. Au moment de l’offensive du 21ème Corps d’Armée, le 18 août, le commandant RAUCH chargé de la défense du Petit Donon avec son 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied, donne les positions suivantes aux 6 compagnies de son bataillon :
La 3ème compagnie commandée par le capitaine GAITET, occupe les pentes du Fallenberg à l’Ouest du Petit Donon en bordure de la route de la vallée de la Sarre Rouge ainsi que la cote 707,
La 6ème compagnie commandée par le capitaine ZUBER, est plus spécialement chargée de la défense du Petit Donon,
La 2ème compagnie avec le capitaine FRANCILLARD, est postée sur la petite route peu carrossable, qui relie entre les deux Donon, les vallées de la Sarre avec la route allant vers la vallée de la Bruche par Schirmeck,
Les autres compagnies : la 1ère avec le capitaine SERENIS, la 4ème avec le capitaine LAPOINTE, la 5ème avec le capitaine CUNK, sont chargées de la défense du Sud du Grand Donon et de la route venant de Schirmeck.
Telles sont les positions occupées dès le 19 août 1914 par les divers éléments du 21ème Chasseurs à Pied.


A ce moment, tous les officiers et le commandement du 21ème Bataillon pensent que les troupes engagées par le 21ème Corps d’Armée en direction d’Alsace-Lorraine, poursuivent leur mouvement sans avoir été nettement arrêtées. 


Dans la journée du 19 août, de nouveaux éléments se passent en direction des vallées de la Sarre et en particulier le 61ème Bataillon de Chasseurs qui est le bataillon de réserve du 21ème. 
Ce bataillon est commandé par le capitaine BERNARD. De nombreux convois de vivres, de munitions, d’ambulances et d’hôpitaux de campagne suivent vers la vallée de la Sarre Blanche.
Dans l’après-midi, une compagnie ennemie est signalée. Vers la baraque des chasseurs au pied des pentes Nord du Petit Donon et Fallenberg. 
La 1ère section du lieutenant FUMAY monte au sommet du Fallenberg pour y passer la nuit tandis que le reste de la compagnie bivouaque au bas de la pente Sud près de la Route séparant les deux Donon.

LES COMBATS DES 20 ET 21 AOÛT 1914
AU PETIT DONON
décrits par le sous-lieutenant DALANZY du 21ème B.C.P. ayant participé aux combats du Donon et amputé d’un pied par suite de blessures de guerre. 


Le 14 août, le 21ème Chasseurs s’empare du Donon assez mal défendu par quelques cavaliers. Sur la roche au sommet qui domine la montagne, en avant du temple, un chasseur marque sa conquête. 
Dans la pierre, il grave : «14 août 1914 - prise du Donon par le 21è bataillon. Signé CLÉMENT». C’est le nom du lieutenant commandant le détachement. Le nom du commandant RAUCH est gravé à côté par un ciseau plus habile. 

Au-dessous du sceau des chasseurs, les allemands ont écrit le leur sur la pierre même du Petit Donon, une inscription en allemand dont voici le texte : "Am 21 August durch die deutschen Reserve regt 109, 111 und 40 für immer nach Frankrich zuruch geworfen" traduit : «Le 21 août, les 109, 111 et 40 régiments de réserve l’ont pour toujours repoussé vers la France.» 

L'envahisseur


Faits consignés dans les mémoires 
du sous-lieutenant DALANZY

Cette inscription permet de constater d’une part qu’il n’est pas fait mention des combats qui se sont déroulés le 20 août 1914, au même endroit et d’autre part que les troupes françaises engagées le 20 et le 21 août 1914 ont eu à faire à un ennemi très supérieur en nombre même si les régiments mentionnés n’étaient pas au complet, ce qui est improbable car alors on y aurait fait allusion à des bataillons. 
Suite à cette constatation, le sous-lieutenant DALANZY relate la partie de la bataille du Petit Donon qui lui est bien connue pour y avoir assisté. 
La bataille du Petit Donon peut se diviser en deux parties : La bataille du 20 août où le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied a joué le rôle essentiel et dont la date n’a pas été mentionnée sur la pierre du Petit Donon, parce que les combats de cette journée n’auraient pas permis au graveur d’employer le mot <victorieux>. 
Le sommet du petit Donon étant encore occupé par les Chasseurs à la tombée de la nuit du 20 au 21 août. C’est sur cette partie de la bataille que nous insisterons. 
La bataille du 21 août résumée, en insistant surtout sur ce qui a été vu. Rappelons que le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied faisait partie de la brigade du général BARBADE et celle-ci de l’Armée du général DUBAIL dont le but était d’effectuer une avance de l’armée en Alsace-Lorraine.


Le 21ème BCP à la frontière en 1902

L’ENNEMI APPROCHE


Dans la soirée du 19 août, la 2ème section commandée par l’adjudant-chef GLENZINGER, monte rejoindre celle du lieutenant FUMAY pour bivouaquer avec elle.  

La nuit se passe sans incident mais le 20 août vers midi, le lieutenant FUMAY signale l’arrivée, sur la route de la vallée de la Sarre Rouge, d’un peloton de uhlans et d’une troupe d’infanterie. Cette dernière semble vouloir prendre comme direction la crête entre le Fallenberg et le Petit Donon. Cette indication parvient au moment du repas de midi. Elle décide le capitaine ZUBER à faire progresser le reste de la compagnie sur la crête où sont déjà en poste deux sections.

Au sommet les dispositions suivantes  sont prisent aussitôt :

La 2ème section avec l’adjudant-chef GLENZINGER a pour mission de défendre le sommet du Fallenberg.


La 3ème avec le sous-lieutenant MONTENOT se poste au sommet du Petit Donon dont les rochers forment un véritable bastion.


La 1ère section avec le lieutenant FUMAY a pour rôle de défendre le petit col entre le Fallenberg et le Petit Donon. Un sentier relie sur la crête ces deux lieux.


C’est immédiatement au-dessus de ce sentier vers le Sud, à peu de distance de la 1ère section qui occupe le col, que prend position la 4ème section avec le capitaine ZUBER et le sous-lieutenant DALANZY. Cette dernière section, par son emplacement, peut se porter rapidement vers l’une ou l’autre des trois sections en première ligne à laquelle son appui est jugé nécessaire.



Nos chasseurs faisant la petite guerre - Simulation d'un assaut

PREMIER BOMBARDEMENT

Dès midi, l’artillerie allemande déclenche un intense bombardement sur toute la crête occupée par la 6ème compagnie. Celui-ci dure 5 heures. Les obus pleuvent de tous côtés, écrasant les sapins qui s’écroulent avec des craquements sinistres. Les éclats minuscules de shrapnels ne causent heureusement pas de grosses pertes car la plupart des Chasseurs sont placés de manière à pouvoir tirer, tout en étant protégés par des rochers. 
Seule la 1ère section perd 8 hommes. 
A la 4ème, un seul chasseur est touché à la cuisse par un éclat.

Vers 5 heures, le bombardement cesse pour permettre aux colonnes ennemies de s’ébranler en direction des sommets. De tous côtés, des bruits de fanfares indiquent que le mouvement en avant se poursuit dans la pente. En général, peu de cris, puis tout semble rentrer dans l’ordre. Nos tirailleurs interprètent mal ces instants trompeurs. Ils croient avoir par les feux nourris, arrêté l’ennemi alors que ce dernier continue de progresser lentement en profitant de l’abri des sapinières et des rochers qui se dissimulent. Les renseignements des quelques chasseurs placés en avant donnent l’impression d’une masse ennemie très importante et, de toute manière, très supérieure à l’ensemble de nos éléments de défense. Toutefois nous ignorons toujours sur quelle partie de la crête, l’ennemi porte son effort principal. Tout à coup, des cris et des « hourras » arrivent du sommet du Petit Donon. Des chasseurs en descendent le sentier, courant et criant : « les allemands sont au Petit Donon où notre chef est tué ». 
C’est en effet de ce côté que se dirige le gros de l’attaque. Le sous-lieutenant MONTENOT est de suite tué d’une balle dans la tête et ses hommes affolés, abandonnent la position. C’est le moment d’intervenir. Le capitaine ZUBER fait un signe et donne un ordre répété à mes chasseurs : «baïonnette au canon». 
Les Chasseurs de la 3ème section se rallient et se joignent aux hommes de la 4ème et, toute cette masse, baïonnette en avant, se lance dans le sentier qui conduit au Petit Donon.  Il y a là plus d’une centaine d’hommes avec en tête, revolver au poing, le capitaine ZUBER puis le sous-lieutenant DALANZY. Comme un torrent, roulent dans l’étroite sente déjà occupée partiellement par les allemands. Foncent dessus à la baïonnette. Tous ces hommes se lancent héroïquement sur la masse ennemie qui ne s’attend pas à ce revirement. Beaucoup de soldats tombent de tous côtés mais presque aussitôt le choc tourne à l’avantage des Chasseurs et les allemands fuient dans la descente de la pente Nord du Petit Donon. Autour, beaucoup de chasseurs sont tués ou blessés. Le sergent BARDIN, un des meilleurs sous-officiers rengagés du bataillon, tombe un des premiers. C’est le type du parfait chasseur. Il inspire une confiance absolue à ses hommes qui ont pour lui un véritable culte. La charge se poursuit rapidement. De tous côtés, l’ennemi lâche pied, abandonnant de nombreux morts et blessés. Les derniers résistants sont poursuivis jusqu’au sommet, à l’entrée du bastion formé par les rochers du Petit Donon. Là, une nouvelle rafale est subie avant d’atteindre victorieux, le centre même du bastion. Autour, cette rafale fait de nombreuses victimes. Il est revu encore en pensée les cadavres de quelques chasseurs : TESSERON , le meilleur élève caporal , DAILLY encore tout gosse de visage malgré ses 20 ans, LEYDER et beaucoup d’autres. Tout près, l’un d’eux au visage calme semble reposer. Croyons reconnaître ROSURAT. Mais cette vision a la durée d’un éclair car toute l’attention est attirée par la fin de la lutte. Un des premiers, en arrivant sur le bastion, le capitaine ZUBER, gravement blessé d’une balle qui lui traverse la main gauche. Pendant qu’il est pensé à côté, les ordres se prennent. La réponse est nette : «résistez jusqu’au bout». Telle est la consigne. Pendant que le capitaine et de nombreux Chasseurs blessés descendent aussi rapidement qu’ils peuvent la pente Sud du Petit Donon, la défense du bastion s’organise petit à petit avec le reste des hommes valides. Pendant quelques instants, la fusillade se poursuit car les allemands ne se sont pas encore retirés très loin du sommet, confiants qu’ils sont dans leur supériorité numérique. La fusillade continue un moment mais elle ne cause pas de grandes pertes car les chasseurs survivants sont protégés par les rochers qui entourent le bastion du sommet. C’est donc pour un certain temps l’accalmie mais la fusillade dure vers le col occupé par la section du lieutenant FUMAY et vers le Fallenberg occupé par celle de l’adjudant-chef GLENZINGER. Le bruit des balles et les « hourras » des allemands donnent l’impression qu’ils doivent occuper tout ou partie de la crête. Le bruit de leur fifres confirme cette impression. Il est certain qu’au Petit Donon, l’assaut peut reprendre d’un moment à l’autre mais il n’en est rien jusqu’à la tombée de la nuit, malgré la fusillade qui de temps en temps crible de balles, sans résultats d’ailleurs, les rochers du blockhaus. A droite, les renforts sont attendus. Dans l’esprit, en effet, le mot d’ordre reçu auparavant : «résistez jusqu’au bout» doit vouloir dire : «résistez jusqu’à l’arrivée des renforts». Il est pensé que le capitaine ZUBER, dans sa descente, quoique blessé, alerte les éléments de la 2ème compagnie du bataillon qui occupent le col entre les deux Donon et qui de ce fait, sont les plus proches. Tellement persuadé qu’à un moment donné, reconnaissance dans la nuit de la voix du lieutenant LAVOCAT de cette compagnie.


DANS LA NUIT

Dans l’obscurité, il est hurlé : «LAVOCAT, est-ce vous ?» sans recevoir de réponse. Quelques instants plus tard, une nouvelle demande est faite suivie de cris en langue allemande qui oblige à reconnaître l’erreur. Reviendrons plus loin dans la description de ce qui est vu dans la bataille du 21 août, sur le secours tant attendu du lieutenant LAVOCAT. Le sommet est maintenant entièrement dans la nuit et les blessés protégés par l’obscurité, en s’aidant les uns les autres peuvent commencer leur descente vers le col entre les deux Donon. L’un d’eux, le Chasseur MONNET tombé avec une balle dans chaque cuisse en arrivant au sommet, peut être traîné loin du sommet par d’autres camarades moins gravement touchés. Pendant quelque temps, songe est à passer la nuit sur le bastion car l’impression que l’attaque finale n’a lieu qu’au petit jour. Mais il n’y a plus qu’une vingtaine de chasseurs susceptibles de faire face. De plus, sensation faite, des renforts ne peuvent plus être envoyés et rejoindre avec succès dans cette obscurité totale. D’autre part, l’ennemi creuse des tranchées dans le sentier qui conduit du Fallenberg au Petit Donon, avec des éléments placés en perpendiculaire sur cet itinéraire. Dans l’esprit, ces éléments doivent servir à grouper les troupes destinées pour prendre le sommet aux premières lueurs de l’aube.



LES SURVIVANTS SE RETIRENT (20 Chasseurs)

Raisonnant dans la nuit aussi froidement que possible, les décisions à prendre : ou bien se faire tuer sans résultats positifs au petit jour, au moment de l’ultime attaque, ou bien conserver pour des luttes futures, les 20 Chasseurs qui restent et essayer de descendre la pente Sud du Petit Donon dans la nuit. 
C’est cette dernière solution qui l’emporte. Les hommes ont toujours leur baïonnette au canon. Groupés en une masse compacte et la descente commence. Elle est longue car avancer dans les sapinières en évitant de faire du bruit est très lente . 
Les allemands se rendant compte qu’ils ne peuvent plus être maîtres du sommet avant la fin de la nuit, ont cessé leur marche en avant. Et c’est pourquoi malgré les pertes importantes subies le 20 août 1914, à la première attaque du Petit Donon, ils ne figurent pas cette date sur les inscriptions rédigées en l’honneur de leurs morts de la bataille du Petit Donon mais celle du 21 août. 
C’est volontairement par notre abandon que ce bastion au Petit Donon s’est effectué mais qui a été pris victorieusement le 20 août.

COMBAT DU 21 AOÛT 1914 AU PETIT DONON

Poste allemand 1914-1915

Dans le récit des combats qui se déroulent sur la crête entre le Fallenberg et le Petit Donon, tout particulièrement au sommet du Petit Donon dans la journée du 20 août, nous faisons connaître que l’attaque allemande est précédée d’un bombardement de cette crête pendant cinq heures. Nous donnons le détail des troupes allemandes participant aux combats du 21 août parmi lesquelles figurent quatre compagnies d’un régiment de Génie. Montrons que les attaques importantes des troupes ennemies sont préparées à l’avance par l’artillerie, dans un but de réduire les pertes de l’assaillant et d’affaiblir le moral des défenseurs. 

Les troupes chargées des attaques sont accompagnées de soldats du Génie pour la construction de tranchées. Dans la nuit du 20 au 21 août 1914, la construction de ces tranchées est supposé être destinées à servir de point de départ pour l ’attaque finale, à l’aube, du bastion du Petit Donon. La descente sous le commandement du sous-lieutenant DALANZY, des derniers éléments de la 6ème compagnie, du sommet du Petit Donon, leur permet d’atteindre l’entrée de la route du col entre les deux Donon à un endroit connu sous le nom de Jagdhutte (la baraque des chasseurs). Ils y retrouvent la 3ème compagnie avec le capitaine GAITET et la section de l’adjudant-chef GLENZINGER qui s’est repliée sous la pression de forces ennemies très supérieures en nombre. Le capitaine GAITET y organise une défense sommaire. 

En raison de l’importance de la position du Petit Donon, esquissée en quelques lignes auparavant, il est certain que l’État-major français essaie de reprendre cette position. Dès les premières lueurs de l’aube, le général BARBADE commandant la Brigade, donne des instructions pour reprendre les sommets. L’attaque doit être menée par un bataillon du 17ème Régiment d’Infanterie, par le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied et par quelques compagnies du 17ème Bataillon de Chasseurs de Réserve. Il est supposé que l’ensemble de ces troupes reste inférieur à 3000 hommes alors que celles des allemands sont renforcées dans la nuit et très supérieures à ce chiffre. 

Au moment de l’attaque, il est ignoré complètement la disproportion des troupes en présence. Le bataillon du 17ème R.I. commence le premier à gravir les pentes. Le 21ème B.C.P. avec le commandant RAUCH en tête, suit immédiatement. La 6ème compagnie est reconstituée sous le commandement du lieutenant FUMAY. 

Les Chasseurs du 17ème de Réserve s’engagent ensuite. Le lieutenant MADON du 21ème avec la section de mitrailleuses, restent à la baraque des chasseurs pour protéger une retraite des troupes si l’attaque échoue. La progression s’effectue lentement. Les clairons sonnent la charge et les assaillants sous le commandement de leurs officiers et sous-officiers, s’excitent avec des cris de « en avant ». Les balles ennemies portent d’abord trop haut et il est entendu leurs zézaiements au-dessus des têtes. Mais peu à peu des claquements secs indiquent leur arrêt dans les branchages. Notre ligne dépasse le groupe du commandant RAUCH et de ses Chasseurs. Une première ligne de tirailleurs ennemis installées à mi-pente est débordée, en abandonnant quelques cadavres et plusieurs blessés plus ou moins grièvement. Le montée se poursuit, rencontrons de nombreux ennemis tués dont celui d’un sous-officier, la tête trouée d’une balle. 

A ce moment, le corps d’un officier de Chasseurs tué est visible, sa tête est dissimulée par un mouchoir. Écartant l’étoffe, il est reconnu les cheveux blonds du lieutenant LAVOCAT. L’endroit où se trouve le corps d’un courageux camarade, par rapport au sommet du Petit Donon, ne peut correspondre à la direction de la voix perçue dans la nuit précédente. 

De ce fait, il est persuadé que le lieutenant LAVOCAT a été une des premières victimes de l’attaque du 21 août. La montée des chasseurs se poursuit jusqu’au pied même des rochers du bastion du Petit Donon. C’est à cet endroit que fut tué d’une balle dans la tête le sergent BOUDOT. Avant la mobilisation, il était boulanger à Raon l’Étape. 

La progression se trouve stoppée attendant que les hommes à gauche peuvent recommencer la même charge à la baïonnette, qui a si bien réussit la veille pour reprendre le bastion du Petit Donon. C’est à ce moment que la malchance joue. Il est mentionné que dans le combat du 20 août, il est entendu dans la nuit creuser des tranchées. Il est certain que les éléments du Génie présents sur la crête ont continué ce travail jusqu’à l’aube. 

Cette tranchée perpendiculaire à la crête dont les débris sont encore visibles, a permis à l’ennemi de déclencher sur la gauche de l’attaque, une contre offensive de flanc à laquelle personne ne s’attendait. En raison de l’importance des troues qui surgissent sur la gauche, il faut redescendre et chercher un abri derrière les mitrailleuses du lieutenant MADON. 

C’est ainsi que se termine, sur un échec, la tentative d’une partie de la Brigade du général BARBADE, pour reprendre la crête entre le Fallenberg et le Petit Donon ainsi que ce dernier sommet.


Le Donon

Récit de Etienne SARRAZIN
du 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied

Il appartient au bataillon de Chasseurs à pied, les "diables bleus" comme ils étaient surnommés. Il participe à l'offensive de nos troupes en Lorraine où il fait bravement son devoir, mais il est tué au début de la campagne, en date du 22 août 1914 à Badonvillers (54), en pleine jeunesse, faisant à la Patrie le sacrifice de sa vie.

Le J.M.O. (Journal de Marche et Opérations) 
du 21ème B.C.P.
fournit peu d'explications
23 août 1914
09 heures 30 : le bataillon reçoit de la Brigade l'ordre de se porter au Haut de Planches. 
La 1ère compagnie est envoyée à Croix Bodin, la 3ème compagnie au Haut de la Borne. 
Le gros du bataillon se rend au Haut des Planches.
13 heures : le bataillon reçoit de la Brigade l'ordre de redescendre sur la Chapelotte (54).
16 heures : ordre est donné au bataillon de faire une contre-attaque sur Badonviller en liaison avec le 20ème Bataillon de Chasseurs à Pied. L'attaque doit avoir lieu au signal donné par la canonnade. Cette dernière n'a pas lieu, le 20ème bataillon de Chasseurs à pied se replie sur Pierre Percée (54). Le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied bivouaque à Pierre Percée. La 2ème compagnie laissée à la Chapelotte en est chassée par l'ennemi. Rien à signaler dans la nuit du 23 au 24 août.
24 août 1914 
Le bataillon se porte à Vierge Clarisse pour se relier à la Brigade.
A 7 heures, le bataillon reçoit l'ordre de se porter à la Chapelotte puis à Badonviller, sauf pour la 1re compagnie qui devra tenir Pierre Percée.
A 9 heures, le bataillon attaque le bois à l'Est de Badonviller après avoir surpris des fractions ennemies. le bataillon se trouve complètement entouré et obligé de se retirer par la Petite Nablotte sur Croix Lamarre.
12 heures : ordre lui est donné par la Brigade de se porter par Croix Lamarre à Thiaville.
16 heures : ordre est donné au bataillon se porter à Saint-Benoît puis à Larifontaine où il bivouaque.
23 heures : ordre est donné au Bataillon de se rendre à La Haute Neuveville.
Pertes : 8 tués (2 Caporaux - 6 Chasseurs)
59 blessés (1 Lieutenant 1 Sous-lieutenant 1 Sergent -2 Caporaux - 54 Chasseurs)
55 disparus (1 Sergent 5 Caporaux - 49 Chasseurs)