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5 - LA GUERRE DE 1914 - 1918



INTRODUCTION


Le samedi 1er août 1914, tous les clochers de France sonnent le tocsin pour annoncer la mobilisation générale. Tous les hommes âgés de 21 à 45 ans sont incorporés. 

Les plus jeunes dans l’armée active ou sa réserve, les plus âgés dans les régiments territoriaux ou leurs réserves mais très vite, il n’y a plus de différences entre ces corps de troupes. En majorité paysans, certains ne parlent que le patois de leur région. Ils partent sans finir les moissons avec l’espoir de revenir rapidement en laissant bien des femmes seules, à s’occuper des fermes avec la charge des vieillard et des jeunes enfants. 


L'ordre de mobilisation est lance

Il est 21 heures. Le maire de Raon-l’Étape Charles CLAVIERE, petite ville située sur la ligne stratégique de Lunéville à Saint-Dié, veille dans son cabinet. La journée s’est passée dans l'attente soudain la porte s’ouvre : un employé du télégraphe paraît : « monsieur le Maire, voici l'ordre de mobilisation ». 
À la même heure, tous les Maires de l'Est et du Nord- Est, de la Franche-Comté jusqu’au Ardennes, décachètent le même pli signé du Ministre de la guerre et transmis par les Préfets et Sous-Préfets. Toujours dans un même temps sur ordres télégraphiques des autorités militaires, branle-bas dans tous les corps de troupe des mêmes régions.

Nous sommes le mercredi l6 avril 1914. L'ordre Ministériel indique le jeudi I7 comme premier jour de la mobilisation. Le même ordre a été reçu à la gendarmerie où l'on s'empresse de « compléter » les affiches. Compléter ces affiches- toujours en dépôt dans toutes les mairies de France et qui sont destinées à renseigner sur leurs obligations réservistes et territoriaux, consiste à porter les Jours de la semaine et-le quantième du mois sur des espaces réservés en blanc, en regard de ces indications toutes prêtes : premier, deuxième, troisième etc… jour de mobilisation.

Le branle bas de la première journée

5 heures - Voici l’aube du premier jour de la mobilisation. On a peu dormi dans Raon l’Étape. Tout le monde est aux fenêtres ou devant les portes pour écouter le tambour de ville, qui fait succéder à ses batteries de la nuit, la lecture de l'Arrêté concernant les réquisitions. 
L'Arrêté ordonne le rassemblement sur la grande place et aux environs de la mairie, des chevaux, jument, mules et mulets ainsi que toutes voitures attelées classés par la commission de recensement de l'année comme bons pour le service de l’Armée dans le cas de mobilisation. 
Les opérations devront être terminées : Midi, en ce qui concerne Raon-l’Étape ville et aussitôt après viendra le tour de Raon-l’Étape campagne, de façons que la commission mixte de réquisition en finisse dans la journée si possible avec la région. Le nombre des chevaux à requérir étant fixé à 7 000 attelages, chevaux tenus en main s’immobilisent formant un enchevêtrement où la commission a peine à circuler. 
Un officier des remontes arrivé de Nancy avec le tableau de classement, fait l’appel des propriétaires, leur demande s’ils ont des observations à présenter ; un vétérinaire militaire examine les bêtes, se rend compte si elles sont toujours propres au service. « Bon » déclare l'officier, ou « Réformé » suivant le cas. 
Le propriétaire reçoit alors un bulletin indiquant le prix à payer ou est invité à reconduire sa bête à l'écurie. 
Pendant ce temps, le Maire en permanence dans son cabinet veille à l'exécution des ordres de toutes sortes que lui adresse télégraphiquement l'autorité préfectorale. On lui annonce qu'il aura à loger le cinquième jour de la mobilisation un bataillon de chasseurs : ce ne sera pas une petite affaire. 
L'ordre Ministériel a prescrit la mobilisation de trois corps d'armée : les 6, 7 et 20ème dont les chefs-lieux sont Châlons-sur-Marne, Besançon et Nancy. Honneur à ces régions toujours au danger et dont les troupes « de fer » ont une réputation telle que la France les charge d'arrêter à elles seules le premier élan de l'ennemi ! Trois télégrammes principaux ont donné l'alerte initiale aux trois chefs-lieux de Corps d'Armée. Ils se sont multipliés par milliers pour aller avertir les Maires des départements mobilisés. 
En évaluant leur nombre à 10 000, on sera encore au-dessous de la vérité. Si l'on suppose d'une longueur moyenne de 1m50 les bandes déroulées aux appareils télégraphiques, elles traceraient mise à la suite les unes des autres : une longueur de plus de 15 000 mètres soit plus de trois fois la hauteur du à Mont-Blanc. 
Quant aux affiches si nous en comptons 10 pour chacune des localités dont le nombre s'élève exactement à 6544 : nous obtenons un résultat de 65 440 pour les trois Corps d'Armée. À 1m75 en hauteur et 0m80 en largeur, chaque affiche mesure 1m40 carré. L'ensemble, disposé sur le sol occuperait donc, une superficie de 91 616 mètres carrés.

Vingtième corps en avant !

L'activité est fébrile partout, mais particulièrement dans le 20ème Corps. Il doit être à la frontière le cinquième jour au matin. Ses forces soutiendront la première rencontre avec l'ennemi, tandis que les 6 et 7ème Corps achèveront de se mobiliser. C'est que si tous nos Corps d'Armée de l'Est sont rapidement mobilisable, le 20ème est encore celui qui le plus vite, peut se lever et crier « Prêt ! ». Presque toutes ses unités, effet, sont sur pied de guerre de tout temps ; Leur effectif renforcé leur permet de se passer des contingents de réserve dont l'équipement si hâté qu'il soit, ralentira la mobilisation des autres corps d'armée.
Dès le soir du deuxième jour, des trains de rassemblement se dirigent vers Nancy. C'est un effectif d'environ 48 800 hommes qui va quitter Nancy : .38 000 fantassins, 7000 cavaliers, 26 000 artilleurs, - soit deux régiments d’Artilleries, 24 batteries, - un bataillon du Génie à 600 hommes, enfin 600 ou 700 ouvriers militaires et infirmiers. Sur lui et dans son sac, le petit troupier emporte une capote, une veste, un pantalon de drap, un képi, deux chemises, une ceinture de flanelle,un caleçon, une paire de bretelles, une cravate, une paire de brodequin, une paire de souliers, une paire de guêtres, une paire de sous-pieds de rechange, deux mouchoirs, un savon,une trousse garnie, une cuiller un havresac, une gamelle, deux sachets à vivres, un petit bidon, un quart et un étui musette. Le tout, avec les vivres du sac, le fusil et les paquets de cartouches de la nouvelle balle D, pèse environ 30 kilos. L’approvisionnement de cartouches portées par le tireur – 4 500 000 environ pour le Corps d’Armée – sera complété au fur et à mesure des besoins par des réserves échelonnées dans les voitures de bataillons, de régiments, les fourgons de munitions et parc d’artillerie, de telle sorte que chaque Lebel se trouve fourni d'environ 260 cartouches. Dans la cavalerie, les hommes armés de la carabine ont sur eux 36 cartouches et ceux armés d’un revolver en portent 30. Outre cet approvisionnement, une réserve de cartouches en contient par divisions de cavalerie, c'est-à-dire pour six régiments à quatre escadrons, 36288 de carabines et 33 858 de revolver. Les projectiles pour les 24 batteries d’artillerie sont renfermés dans les avant-trains d'affût - 25 obus en moyenne - et dans des coffres constituant le premier approvisionnement de chaque batterie. Le premier approvisionnement épuisé, les pièces de 75 des deux régiments d'artillerie et de l'artillerie à cheval qui doit suivre la cavalerie indépendante seront ravitaillés par les sections de munitions et le parc d'artillerie.

Comment se nourriront nos petits soldats

Dans chaque unité, cet ordre a été donné : « On emportera les vivres du sac ». Les vivres de débarquement accompagneront par transport. Les vivres du sac, qui ne doivent être consommés qu'au cas d'extrême nécessité, comprennent deux Jours de biscuit ou pain de guerre, deux jours de petits vivres (riz ou légumes secs, sel, sucre et café), deux Jours de viande de conserve et de potage condensé. Les vivres de débarquement, qui seront consommés à l'arrivée des troupes à destination, se composent de deux jours de pain ordinaire, un jour de riz, un jour de légumes, deux Jours de sel, deux de sucre et deux jours de café. 
La provision des petits troupiers ne tient pas beaucoup de place : deux jours de vivres - c'est à la ration forte de campagne, 1 500 grammes de pain ; 500 grammes de viande. Quant aux petits vivres, en voici la dose : légumes secs ou riz, 0 kilo 200 ; sel, 0 kilo 040 ; sucre, 0 kilo 062 ; café en tablettes, 0 kilo 450. En bloc, 134 300 kilogrammes, qui s'en veille à la guerre sur le dos des 48 800 hommes. 
Le tout est sorti des magasins de vivre de Nancy, de Lunéville et de Toul. En arrière des troupes assez près pour pouvoir les rejoindre dans la journée même, marche les trains régimentaires. Ils sont ravitaillés, d'abord à l'aide des ressources locales, ensuite par des approvisionnements provenant du service des étapes et parvenant par les voies ferrées, enfin, à défaut de ces deux solutions par les convois administratifs. 
Ces convois administratifs forment le troisième échelon d’approvisionnement. Ils comprennent quatre Jours des mêmes vivres que précédemment, plus deux jours d’eau-de-vie. Ils se tiendront à une demi-journée de marche en arrière des trains réglementaires, sur certains points désignés d’avance, et nommés centres de ravitaillement. Trois convois accompagnent le 20ème Corps. Ajoutons que chacun des trois convois administratifs sera pourvu d’un troupeau de deux jours de viande sur pied. 
Ajoutons les fourrages, l’approvisionnement de première ligne pour les chevaux comprenant sept jours d’avoine.

Colonne de corps d'armée en marche

Au matin du quatrième jour, les troupes se mettent en marche vers le point le plus proche de la frontière. 
La cavalerie est en avant ; il est 7 heures : elle sera au point de concentration entre midi et demi et une heure. Une demi-heure plus tard, la tête d'avant- garde de la grosse colonne s'ébranle. 
Partie la tête à l'allure de 70 mètres à la minute devra franchir l'étape en neuf heures une minute, haltes horaires de dix minutes et grande halte comprises et arrivera par conséquent vers 16 heures. 
L'arrière-garde marchant à la même allure et avec les mêmes repos, partira à 17 heures 30 et arrivera vers 2 heures 30.

La mobilisation des 6 et 7ème Corps

Nous sommes au cinquième jour de la mobilisation. Pendant que le 20ème Corps monte la garde à la frontière, les 6 et 7ème Corps se mettent sur le pied de guerre. Les effectifs se rassemblent sur trois points principaux ; Châlons-sur-Marne, Chaumont et Vesoul où tout l'ensemble doit être rendu au dixième jour de la mobilisation. 

À partir de ces trois points de centralisation jusqu'à la frontière, une discipline rigoureuse préside aux transports. Rien ici en effet, ne doit être laissé au hasard. Et d'abord les régions traversées ne devant point suffire à alimenter en pain l'énorme masse d'hommes qu'elles vont recevoir, le premier train que l'on va mettre en route sera celui qui transporte les voitures de la boulangerie roulante de campagne. 

Le principe essentiel dans la formation des trains est de ne pas fractionner les unités. Chacune d'elles, personnel et matériel, doit voyager isolément, sans contact avec les autres : un train par batterie d'artillerie un train par escadron un train par bataillon... 

Les hommes prennent place au nombre de 32, 36 ou 40, dans les wagons à voyageurs ou dans des wagons à marchandises aménagés- non comprises, toutefois, dans chaque compartiment, deux places réservées au tassement des armes et des sacs. Le matériel accompagnant l'unité don t ils font partie suit sur des trucs d'une longueur de 6m90 à 4m30. Les chevaux de la batterie, de l'escadron ou du bataillon sont transportés par le même train, à raison de 8 par fourgon, sous la surveillance de deux gardes d'écurie qui auront préalablement garni le plancher de litière sur le pied de 2 kilos 500 par bête. 


En résumé, le transport du 6ème Corps nécessitera 134 trains comprenant 6052 voitures à voyageurs, wagons à marchandises aménagés, trucs ou fourgons. Le service des subsistances exigera 400 wagons répartis en dix ou douze trains. 

Enfin deux trains emporteront la section de télégraphie avec son parc, et un dernier convoi d'une quarantaine de voitures contiendra le matériel de chirurgie et l’approvisionnement pharmaceutique.

Tout s'efface devant le service de la patrie

Spectacle impressionnant que celui des voies ferrées dans un pays où l'on mobilise. Le service des voyageurs et les transports commerciaux ayant été suspendu subitement, tout a pris un aspect de désolation et d’abandon. Tant pis pour les marchandises à grande et à petite vitesse ! Sur toute l'étendue des réseaux Nord, Est et P.L.M., elles sont déposées maintenant dans les locaux disponibles et là où l'abri manque le long de la voie. Aux stations importantes, aux bifurcations, des commissions, composées d'ingénieurs de la compagnie, d’officiers d'état- major et d'officiers du Génie, surveillent les arrivées, donnent l'ordre des départs, règlent les mouvements de la voie dans les plus petits détails. C'est qu'une précision mathématique s'impose, en effet, pour éviter les tamponnements, les collisions et les prises en écharpe.

Nous sommes au samedi 26 avril 1914, dixième jour de la mobilisation. Maintenant toutes les troupes mobilisées sont massées aux positions désignées.

Il était temps ! La guerre vient d'être déclarée. Aujourd'hui même, la cavalerie indépendante soutiendra un engagement avec la cavalerie ennemie qui débouche entre Metz et Sarrebourg et dans deux jours au plus ce seront les grandes hostilités…

À Dieu ne plaise que cette hypotypose se réalise ! Toutefois, le devoir de tout citoyen est d'en envisager sans faiblesse la réalité à chaque instant possible. La défense ne sera victorieuse qu'autant que chacun de nous apportera du cœur le plus généreux, sa part, quelle qu’elle soit à l'œuvre commune.


Le 3 août à 18 heures 45, la guerre est déclarée !

Le 13 août, le Bataillon reçoit l'ordre tant attendu de se porter en avant. 

Le 14 août, la 25ème Brigade monte à l'assaut du Mont Donon dont le massif, dernier contrefort des Vosges, couvre la vallée de Schirmeck (67), celle de Saint-Quirin et domine toute la plaine de Lorraine. Le Bataillon participe  aux  combats meurtriers du  Petit  Donon où les  premiers  raonnais trouvent la mort. 
Puis c’est la retraite par la vallée de la Plaine, combats de Badonviller, de Raon, La Haute-Neuveville, La Chipotte. D’autres Chasseurs raonnais parmi tant d’autres, tombent dans les forêts environnantes de la ville qui les ont vu naître. 
Raon l’Étape et La Neuveville souffre de l’arrivée de cet envahisseur et paye un lourd tribu. Chacune des deux communes défendues par son bataillon de Chasseurs et autres régiments sont malgré tout investies par les troupes allemandes le 24 août 1914 à 22 heures.

 INVASION DES COMMUNES

A Raon l’Étape, la nuit la plus tragique puis sinistre est celle-ci du 24 au 25 août. 
Dans la ville il n’y a que quelques postes extrême pointe de l’arrière garde et des traînards dont la plupart tombent aux mains de l’ennemi. 
Il est 22 heures quand une fusillade commence dans les rues. Les allemands arrivent par le faubourg de Lunéville (rue Général de Gaulle). Ils se heurtent aux derniers soldats français. Le régiment qui rentre dans Raon est le 99ème du colonel REUTER et du lieutenant FORSTNER, ancien régiment de Saverne. Ces soldats frappent à toutes les portes ou enfoncent à coups de crosse celles qui ne s’ouvrent pas. Révolver au poing pour les officiers, baïonnettes en avant pour les soldats, se ruent dans toutes les maisons. Durant toute la nuit, des tirs se produisent dans les rues. 
Au petit jour, les premiers incendies éclatent à l’extrémité voir l’entrée du faubourg de Lunéville (avenue Général de Gaulle). Cinq à six maisons sont touchées et le feu se propage dans différents points de la ville. Le 21ème Corps d'Armée tout entier passe en rive gauche de la Meurthe. 

Le 25 août les 1ère et 2ème Armée françaises sont prêtes pour arrêter les armées allemandes. La bataille de la Meurthe, comprenant la bataille du Grand Couronné, la bataille de la trouée de Charmes, de la Chipotte, de la Haute Meurthe, commence et dure jusqu'en début septembre. L'aile gauche allemande s’arrête définitivement sur cette ligne de la Meurthe. Raon-l'Étape ne reste pas longtemps sous occupation allemande. Un combat de défense commence alors dans les rues aux premières heures du 25 août avec la 13ème Division du 21ème Corps. Mais ce qu’il ne peut pas faire par un assaut de front, les allemands grâce à leur nombre, l’obtiennent par une attaque après avoir contourné la ligne de la Meurthe en passant cette rivière au pont de Thiaville-sur-Meurthe (54). La rive gauche est envahie où les allemands se livrent puis commence un pillage effréné dans les rues. La même journée à La Neuveville-lès-Raon, le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied chargé de la protection et de la défense des ponts des Châtelles et du chemin de fer, repousse toutes les attaques ennemi. 
Vers 4 heures, le combat reprend avec vigueur.  Les Chasseurs des 20 puis 21ème B.C.P. se battent donc aux ponts et passerelles des communes, à la gare, le long de la ligne de chemin de fer. Le grand pont de La Neuveville (pont de l’Union) est défendu par des éléments du 20ème bataillon de chasseurs qui fait de l’hôtel du pont un réduit de défense. Des chasseurs et des gardes forestiers gardent le passage de la passerelle au bas de la ville.

Ainsi du 23 au 26 août 1914, la 1ère compagnie des Chasseurs Forestiers du 21ème se trouve à Raon l’Étape avec ses trois premières sections. Cette compagnie joue le rôle le plus actif en défendant les ponts de la Meurthe. L’ennemi occupe l’autre rive sur une longueur d’environ un kilomètre. C’est en se repliant sous un feu intense que dans cet engagement, le lieutenant HUDAULT, les chasseurs forestiers JULIEN, LECOMTE, NOEL, RIBOULOT et VILLEMIN sont blessés et le chasseur JACQUOT tué. A la passerelle (des Oualous) de La Neuveville, la défense est confiée par le capitaine au caporal BARNIER et à neuf hommes de son escouade : BERNIER, BIESSOU, BURTIN, DEVAUX, HUMBERT, PAVEM, PIERRON, PETIT-DEMANGE et RIBOULOT. 
Après avoir mis en état de défense la maison qui se trouve en face de cette passerelle, les chasseurs réussissent à repousser à plusieurs reprises les allemands qui cherchent à s’approcher. 
Dans la soirée, le groupe de défenseur est renforcé par un sergent, et six hommes du 21ème B.C.P. Les Chasseurs Forestiers ne quittent leur poste que sur l’ordre d’un capitaine du 20ème Bataillon dont la compagnie se trouve déployée en tirailleurs dans le fossé de la route faisant face au canal d’alimentation de la scierie Lecuve. 

1ère COMPAGNIE DES CHASSEURS FORESTIERS

La première compagnie de Chasseurs Forestiers se forme à Épinal le 4 août 1914 par le rassemblement des préposés forestiers de 25 à 48 ans, exerçant en temps de paix leurs fonctions administratives sur le territoire de la 21ème Division, hommes du 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied. Cette unité comprend à l’origine 4 officiers : un capitaine commandant (capitaine HATT), un capitaine en second (capitaine BAUDEMENT), un lieutenant en premier (lieutenant HUDAULT), un lieutenant en second (lieutenant DESCHASEAUX), 7 sous-officiers, 10 caporaux, 220 chasseurs, pour la plupart anciens sous-officiers ou caporaux de l’armée d’active.


RÔLE

Dès sa formation, la 1ère compagnie de Chasseurs Forestiers est affectée au 21ème Corps d’Armée ; elle suit l’État-major de ce corps dans tous ses déplacements, fournissant sentinelles et plantons au P.C. ou au Q.G. Elle monte la garde aux issues des cantonnements, contrôle les laissez-passer, assure la garde des prisonniers pendant leur passage aux postes d’examens, les convoie sur l’arrière. Elle exerce constamment un rôle de police, concurremment avec la prévôté aux Armées. 

Enfin pendant le mois d’août 1914, notamment du 23 au 26, elle joue le rôle le plus actif où elle participe dans la nuit du 23 au 24 à la défense des ponts de la Meurthe avec ses trois premières sections. Toutes les attaques allemandes sont repoussées. Mais ce qu'ils ne peuvent faire par une attaque de front, les allemands, grâce à leur nombre, l'obtiennent par une attaque après avoir contourné la ligne de la Meurthe en passant la rivière au pont de Thiaville-sur-Meurthe (54). 
Le 21ème est ainsi obligé à la retraite et ne quitte le terrain qu'après avoir assuré un repli de l'artillerie d'appui, à la suite de combats de rues les plus acharnés. Le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied de Raon reçoit vers 3 heures, l’ordre de défendre La Neuveville-lès-Raon. La 2ème compagnie se poste à la passerelle des Châtelles, la 1ère du capitaine SERENIS tient le débouché du pont du chemin de fer. Le capitaine CUNCQ et sa 5ème compagnie puis la 4ème sont en réserve au passage à niveau de la gare De même que les 3ème et 6ème compagnies qui se maintiennent à la Haute-Neuveville. Les allemands placent des canons sur le quai de la Meurthe (quai de la Victoire) et dans la rue Chanzy (rue Anatole France). Leurs mitrailleuses tirent sans cesse sur les troupes françaises qui tiennent les maisons de La Neuveville, du cimetière et du grand pont. De nombreux allemands tombent rue Thiers (rue Charles Weill). L’ennemi n’arrive pas à forcer le passage du pont. Il change alors de tactique pour contourner par les ailes les chasseurs. Une colonne allemande passe la Meurthe à hauteur de la papeterie Mettenet pour progresser direction du chemin de fer et de la Haute-Neuveville. En amont, l’envahisseur fait la même manœuvre vers l’hôpital et la sapinière puis traversent le pont du chemin de fer au Plein de la Roche. Pour appuyer leur progression, ils placent des mitrailleuses sur le perron de l’hôpital où se trouvent des blessés arborant le drapeau de la Croix-Rouge. Inférieur en nombre, les troupes françaises ne peuvent plus résister et en fin de matinée, les allemands sont au Malfaing entre les chantiers Lecuve et la papeterie Mettenet. 

Le 25 août alors que la bataille fait rage car l’on se bat depuis 5 heures du matin, les allemands veulent s’emparer du pont de la Meurthe et le traverser. Il y parviennent en début d’après-midi. 22 civils sont tués pendant le combat. La rue Thiers (Charles Weill) est le théâtre de ces premières luttes. C’est là qu’intervient le capitaine INGELAR. Il tient position durant des heures. Vers 13 heures, la lutte est devenue si rude que la crête est perdue. Le 21ème est obligé à la retraite mais ne quitte le terrain qu’après avoir assuré le repli de l’artillerie d’appui à la suite d’un combat de rues des plus acharnés. La compagnie est accumulée sur les roches Saint-Blaise et la côte de la Cheville. Le capitaine INGELAR est frappé par un projectile alors qu’il est à la tête de ses troupes. Il es soigné dans une maison du village de Saint-Blaise par mesdames BIRKER Andrée et LITIQUE, infirmières improvisées. Malheureusement, il décède le 26 août 1914. Les honneurs militaires lui sont rendus et son corps est déposé à l’ombre de la chapelle du hameau où il repose aujourd’hui. Les chasseurs des 20 et 21ème bataillons évacuent alors et se replient dans les bois. Les sections FONFREDE, BONHOTEL, De MIRIBEL et LEMARCHAND du 21ème bataillon forment les derniers éléments. Sous un feu croisés, les pertes sont énormes. Le capitaine CUNCQ et le caporal raonnais FERRY Albert tombent. Le capitaine SERENIS est emporté par ces hommes dans une couverture, la poitrine traversée en déclarant : «nous avons fait ce que nous avons pu». Toujours face à l’ennemi, les soldats français regagnent Joli Bois, la Haute-Neuveville puis la forêt où la bataille de la Chipotte commence durant quinze jours. 

A partir du 6 septembre 1914, l’ennemi se replie. Le 11, le général DUBAIL commandant la Ière Armée, ordonne une contre offensive. 

Le 12 septembre les français font à nouveau leur entrée dans Raon-l'étape. L’occupation allemande de la ville ne dure que 19 jours mais les destructions volontaires laissent la ville au trois quarts détruite. La nouvelle ligne de front se stabilise à une douzaine de kilomètres, parallèlement à la rive droite de la Meurthe, au niveau du col de La Chapelotte - La Fontenelle ; cette ligne, tout en continuant de connaître localement des épisodes, meurtriers et espacés, notamment comme la guerre de mines à La Chapelotte, n'évolue plus jusqu’au ‘’Cessez-le-feu’’. 

Le 21ème B.C.P. est présent ensuite sur tous les grands champs de bataille. 
Pendant cette guerre, plus de 2300 chasseurs  trouvent la mort. 
Parmi eux 124 habitants de Raon-l'Étape et de La Neuveville.

L’ENGAGEMENT DU 21ème B.C.P. 
DANS LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

À la frontière au col du Donon, le Donon, le Petit Donon, ainsi que d'autres sommets frontaliers, magnifiques observatoires, ne font l'objet d'aucun aménagement ou retranchements particuliers. 
A la déclaration de guerre, quelques faibles détachements (douaniers, forestiers...) occupent le col et le secteur, ils n'opposent d’ailleurs qu'une résistance « de principe » face à l'offensive française du 14 août 1914, cela fait partie de la stratégie de haut commandement allemand. Le mercredi 29 juillet 1914, tout est à la guerre et le 21ème Bataillon est prêt à partir. 

Dans la nuit du 30 au 31 juillet 1914, les troupes des Vosges reçoivent l’ordre de prendre leurs positions de couverture. 
Ainsi le 31 juillet et 1er août, les premiers échelons du 21ème Corps d'Armée (13ème et 43ème Division d'Infanterie) entament leur mission. La 13ème Division d'Infanterie et plus précisément la 25ème Brigade se concentre sur la vallée de la Meurthe. L’élément d'active du 21ème Bataillons de Chasseurs présent dans les casernes de Raon l'Étape depuis 1913, quitte sa garnison et aux premières heures du jour, marche en direction de la frontière pour gagner sa position en respectant la marge diplomatique des 10 km : à Celles-sur-Plaine (88) et Badonviller (54). Les riverains sont réveillés à l’aube d’une façon magnifique et pathétique. Dans la vallée toute scintillante et rosée sous le premier soleil, un chant splendide s’élève, chanté très exactement par mille bouches à la fois : la Sidi-Brahim.. Son chef, premier en tête, le commandant RAUCH, droit sur son cheval, chante ; Les fanions flottent à la brise du matin, les clairons et tambours soutenant le chant inspiré, le 21ème Chasseurs à pied marche vers la ligne bleue des Vosges. Il marche d’un pas élastique et comme vibrant. Longtemps passé, les gens entendent, répercuté par l’échos de l’étroite vallée, cette belle Sidi-Brahim, évocatrice des exploits héroïques de l’arme et faisant comme éclater le cirque des monts. 
Dans les hameaux secoués jusqu’aux moelles, tous les cœurs s’élancent derrière ces enfants qui vont à la gloire et marchent à la mort. 

Ce bataillon, à cette aube radieuse du 31 juillet 1914, commence la première étape. Le soir de ce jour, la mobilisation commence. 
A 21 heures, les facteurs de Raon apportent aux réservistes leur convocation individuelle pour rejoindre immédiatement les corps d’affectation. 
La plupart des réservistes sont affectés au 21ème B.C.P. qui rejoignent dans la nuit. 

Le lendemain 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale arrive à 16 heures 35.
La frontière

LES JOURNÉES DU 19 AU 21 AOÛT 1914 
COTÉ ALLEMAND


13 août : la mission de couverture est remplie ; L’élément de la 13ème D.I. entre en opérations. 
C'est la VIIe Armée Allemande qui fait face à la première Armée Française dans le secteur du massif du Donon. 

19 août : Les 14e et 15e C.A. ( ceux qui ont refoulé le détachement de Haute-Alsace ) sont entre Lixheim et le massif du Dabo. Le 14e C.A.R., des unités de Landwehr et d’ersatz sont dans la vallée de la Bruche.

20 août : Le 1er C.A. Bavarois ouvre le feu de toutes ses pièces et à 9 heures se porte en avant. La 2ème division passe la Sarre, enlève Dolving et atteint le soir le canal de la Marne au Rhin. La 1ère division reste accrochée dans Sarrebourg par un combat de rues, dont elle ne débouche que vers 18 heures et essuie un barrage d’artillerie et une contre attaque. Le 14ème C.A. parvient, au prix de gros efforts, de s’emparer de Plain-de-Valsch et de Sneckenbusch. Cette dernière localité est reperdue et Brudersdorf reste imprenable. Sur le front des 15ème et 14èmee C.A.R., l’échec est à peu près complet. L’assaut du Donon échoue. En somme, la 6ème Armée, favorisée par la surprise, marque des avantages appréciables et la 7ème, dont on attendait le gros succès, n’a presque pas progressé. Les ordres prescrivent de reprendre le combat le lendemain.

21-22 août : Le 21ème C.A. s’empare de Lunéville puis passe la Meurthe.